Agir Abcd Reunion

Tananomby - avril 2019

Avril 2019

Tananomby : le bout du monde, que l'on atteint après 12h de taxi-brousse, un trajet interminable sur la route nationale  (sic : les trous le sont aussi...) et les pistes improbables, dans des paysages magnifiques, au milieu de toutes les nuances de maturation des rizières, traversant une forêt de tapias (une pensée pour Jean Claude et Arivonimamo), des villages aux belles chaumières de terre ocre rouge, offrant tour à tour de jolies maquettes de tous les camions qui y circulent (péniblement), des troupeaux de Vierges de plâtre, des pommes (succulentes), des marmites en aluminium, des carottes, des kakis... et aussi malheureusement des sacs de charbon de bois.

Car quand on lève les yeux, le spectacle des hautes collines pelées est atterrant ; il s'y perpètre un « écocide » qui à terme, sans doute pas très long, rendra les hauts plateaux aussi chauves que l'île de Pâques. Mais comment faire pour cuire le riz dans ce qui est désormais le pays le plus pauvre du monde, avec un revenu moyen de 2 euro par jour et une démographie galopante ? (Il y avait pourtant 36 candidats lors de la présidentielle, dont le vieux Ratsiraka presque aveugle, il y aurait donc encore quelques ressources à accaparer?) A l'école les enfants apportent chaque matin un bout de bois pour la cantine ; car ventre affamé n'ayant pas d'oreille, ils reçoivent toute l'année, y compris durant les vacances, sauf samedi dimanche et jours fériés, un petit déjeuner et un déjeuner – c'est plus que n'en ont leurs parents. Ils sont aussi douchés sur place à l'eau chaude, 2 à 3 fois par semaine pour les plus grands, tous les jours pour les petits de maternelle, l'occasion pour les institutrices de vérifier qu'il n'y a pas trace de maltraitance, car l'alcool, mauvais de surcroît, rend ici comme ailleurs les hommes violents. Une « dokotera » à la retraite veille sur la santé des enfants. Pour alimenter la cantine, un grand potager, en cours de reconversion en permaculture, cultivé par les parents, qui « paient » ainsi l'écolage de leurs enfants et participent aussi aux différents travaux, en ce moment à la construction d'un magnifique poulailler, bientôt achevé ; les hommes malaxent la terre rouge, elle est ensuite banchée et tassée par les femmes, puis le haut des murs est recouvert de chaume, le « bozaka », une herbe trop ligneuse pour être consommée par les zébus. Les parents disposent aussi d'un terrain pour y cultiver leurs propres légumes. Et des bacs de lombriculture préparent le compost. Une fois nos yeux d'occidentaux décillés, l'ampleur et la cohérence de ce qui se fait ici sidèrent  Car il y a aussi un captage protégé pour l'eau de source, qui alimente en plus de l'école des fontaines dans le village ; une petite unité de retraitement des eaux ; un grenier solidaire : quand le prix du riz est au plus bas, l'association l'achète et le stocke en prévision de la « soudure » où il est rare et trop cher, aux alentours de Noël  (les récoltes ne sont jamais suffisantes pour tenir toute l'année) ; et aussi pour la « banque du riz » : elle en distribue aux familles qui le remboursent mois après mois ; car les parents de ces enfants ne sont pour la plupart pas propriétaires des rizières, qu'ils cultivent pour moins d'un euro par jour, partant aussi comme saisonniers dans d'autres régions du pays, selon les récoltes. Les instituteurs eux-mêmes ne gagnent pas plus de 80 euro par mois, mais ils sont nourris, logés avec literie et sanitaires, et leurs enfants instruits gratuitement. L'Education Nationale paie un peu mieux ses enseignants titulaires, sauf qu'ils ne disposent pas des mêmes avantages, et que ça fait des mois qu'ils n'ont rien touché ! Les non-titulaires sont rétribués par les parents en riz, qui est ici la mesure de tout, une famille de 6 personnes a besoin d'un minimum de 65kg par mois. Ici, on peut parler des terribles 30 derniers jours du mois... Il y a aussi un arboretum, qui pallie à sa mesure le déboisement en montrant aux enfants le rôle qu'ils ont à jouer ; chaque visiteur y plante un arbre, j'ai laissé le mien aux bons soins de trois fillettes.

Pour autant nous ne sommes pas chez les bisounours, certains renâclent à accomplir leur part du contrat, puisque ce sont les « vazahas » qui paient, pourquoi se donner du mal ? Dissensions et jalousies ne manquent pas ; Christian, dynamique président de l'association villageoise et directeur de l'école, est un peu considéré comme un collabo, prompt à répercuter les exigences de ceux qui financent - trop peu d'ailleurs, les fonds manquent pour mener à bien les projets. Les 15 euro par jour de notre pension (chambrette proprette, sanitaires sommaires, repas délicieux) ne sont qu'un maigre apport. Les parents ne comprennent pas toujours qu'on leur demande de ménager les enfants : la plupart doivent se lever à 4 ou 5h pour leurs tâches domestiques (chercher l'eau, le bois, balayer la cour, s'occuper des plus petits...) avant de parcourir pour certains les 2 ou 3 km jusqu'à l'école.

L'école donc : environ 240 enfants entre préscolaire et CM2, des salles vastes et bien équipées, pas un papier qui traîne dans la cour, le tout nettoyé par les enfants le vendredi soir avant le baisser du drapeau, et une bibliothèque, assurément la seule à la ronde ! Il n'y en a même pas au lycée le plus proche. C'est là que nous travaillons avec nos 12 stagiaires tandis que dans les classes voisines les écoliers s'appliquent aux devoirs qu'ils leur ont donnés avant de nous rejoindre, on croit rêver ! Nos stagiaires eux-mêmes sont très motivés et désireux d'apprendre, au début ils étaient intimidés, craignant d'être jugés, mais le soir nous nous promenons sur les pistes avoisinantes, toujours accompagnés, nous sommes allés tous ensemble à pied au marché du bourg, à 8km, c'était très joyeux et nos conversations les mettaient en confiance . Ils se sont cotisés pour nous offrir à chaque récréation de délicieuses crêpes à la farine de riz.

Une expérience en tous points riche et émouvante, j'en suis reconnaissante à toute l'équipe de l'association.

Et puis quitter sa zone de confort, ça ne peut pas faire de mal...

Jacqueline Badon

RÉUNIONS MENSUELLES :

En application de l'article 1er du décret du 16 mars 2020 contre la propagation du Covid 19 la prochaine réunion mensuelle (RM 2020-3) prévue le Lundi 6 avril à la Salle du Foirail - PITON SAINT-LEU  est annulée. 

Compte-rendu de la RM n°2 du 2 mars disponible en lecture et téléchargeable en cliquant sur ce lien (membres après identification uniquement)

 Les réunions mensuelles ont lieu sauf exception, tous les premiers lundi du mois, salle du Foirail à Piton Saint-Leu à partir de 9h (plan d'accés). Toutefois, pour diverses raisons, de disponibilité, d'évènements particuliers, ou par soucis d'équité dans les déplacements, les réunions peuvent être organisées dans différents endroits du département.

Calendrier prévisionnel des réunions mensuelles pour l'année scolaire 2019-2020